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01.09.2008

J’ai vécu le cyclone Lenny….

Un jour de 1999, je suis partie au travail, après avoir écouté la radio, nous suivions, en effet, avec attention l’évolution du cyclone Lenny, un ouragan que personne n’attendait ce mois de novembre, mois de l’extrême fin de la saison cyclonique. Le cyclone Lenny ne devait pas passer sur la Guadeloupe...

Pas d’alerte cyclone en Guadeloupe, aucune consigne de se calfeutrer et de rester à son domicile. Je partis au travail à 6h30 du matin comme d’habitude.

Vers 10h, mon collègue et moi qui écoutions la radio en travaillant entendîmes une annonce invitant la population de regagner de toute urgence son domicile. Je pris la route, un bouchon interminable de voitures sur la 4 voies et la pluie de plus en plus violente qui frappait les vitres. La radio annoncait que le cyclone s'approchait très rapidement de la Guadeloupe, que nous devions rentrer le plus rapidement possible....Je ne voyais que l'arrière de la voiture qui me précédait, elle-même précédée d'innombrables voitures pare-choc contre pare-choc...Je réussis au bout de deux heures à atteindre un endroit élevé dans la banlieue de Pointe à Pitre où je décidai de laisser la voiture. les routes étaient devenues des fleuves, une commerçante me donna un immense sac poubelle qui me servit d’imperméable.49300d3982d51d4afef02e2d492e3bed.jpg Je partis à pied, l’eau m’arrivant au ventre. Un camion militaire me prit à son bord, je fus filmée par la télévision locale, l’air hagard, assise sur un banc du camion. Quelques minutes plus tard, le moteur du camion noyé, nous fûmes remorqué par un véhicule blindé de la gendarmerie. J’arrivai chez moi, deux heures et demie après mon départ, itinéraire qui me prenait que 20 minutes en temps normal. Sur les routes devenues des torrents boueux charriant toutes sortes d’objets hétéroclites, des zodiacs passaient, récupérant des personnes, des voitures étaient renversées les unes sur les autres dans les fossés…feb6d67538578d5479a7e6ea5909629f.jpg

Lenny né entre le Honduras et la Jamaïque le week-end du 12 novembre avait tout fait à l’envers. Sa trajectoire a défié tous les modèles : d’ouest en est et du sud au nord. Il a stagné 30 heures sur les îles du nord de l’archipel, qu’il a dévastées, puis il s’est scindé en deux pour descendre sur la Guadeloupe sous la forme d’une tempête tropicale.

Les premiers bilans établis commune par commune faisaient état de : 200 cases et maisons endommagées et 82 détruites à Bouillante, 150 endommagées à Baillif, 70 à Vieux-Habitants, 50 à Gourbeyre, 34 à Basse-Terre, et 10 maisons détruites à Basse-Terre

Vu de la France ou d’ailleurs, le phénomène Lenny a été très mal couvert par les médias. Deux raisons à cela. Il n’y a pas eu d’alerte cyclonique sur la Guadeloupe. Or les envoyé spéciaux ne sont dépêchés sur place qu’en cas d’alerte certaine, ce qui suppose une certaine prévisibilité des risques. Certes, les îles du nord ont été en alerte, mais Saint-Martin et Saint-Barthélémy ont été surprises par cet ouragan improbable, et elles sont trop petites pour intéresser les médias nationaux à elles seules. Autre raison : Lenny est arrivé alors que les médias étaient déjà accaparés par les inondations dans l’Aude puis par le blocage de l’autoroute à Montélimar à cause de la neige. Reste que le service public audiovisuel était en grève au même moment.

Ainsi, pour seule source d’information, les médias nationaux avaient les dépêches de l’Agence France Presse (AFP), envoyées par un correspondant local, et les images tournées par RFO. Mais elles ne faisaient état que des dégâts, de manière réductrice. En voyant ces images mal commentées sur TF1, on pouvait penser que la Guadeloupe avait connu un nouvel Hugo. Il n’en est rien puisqu’il n‘y a pas eu de vents violents sur l’île mais énormément de pluie et que le cyclone proprement dit n’est pas passé sur l’île. N’oublions pas qu’Hugo avait laissé 20 000 sans-abri, et 35 000 personnes sinistrées sur la Guadeloupe en 1989... Rien à voir avec Lenny.

A noter que c’est la 1ère fois dans le siècle (en fait, depuis 1886, date de début d’un recensement sérieux de la part des climatologistes américains qui ont constitué une base de données cycloniques sur la zone de l’Atlantique et des mers adjacentes) qu’un ouragan intense traverse l’archipel des Petites Antilles après le 31 octobre : c’est donc une première pour LENNY (précédent cas aussi anachronique : ALICE, ouragan de classe 1 traversant le nord de l’arc antillais le 2 janvier 1955).

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