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19.03.2007

Le statut des "Petits Blancs" dans les DOM-TOM

Voici un texte que j'ai lu sur le web relatant la vie des "Petits Blancs" comme on peut être appelés dans les DOM-TOM. Comment devenir quelqu'un quand vous n'êtes qu'un péquin moyen, vivant dans l'ombre sans que personne fasse attention à vous !!!

Arrivée en Martinique en 1995 épouse d’officier supérieur en poste à Fort de France pour deux ans, j’ai été accueillie par la communauté des épouses de militaires. Certaines ont cru bon de me "brieffer" sur la Martinique et les Martiniquais. En même temps que je découvrais un pays nouveau, je découvrais cette communauté pour laquelle là-bas, je devenais digne. Etant d’origine Algérienne, cette communauté m’était fermée en France. Il faut dire que je ne cherchais pas non plus à en faire partie... Tant de tentatives d’intégrations jalonnent mon existence, que je fini par ne plus chercher à m’intégrer nulle part. Il fallait entendre le brieffing auquel j’ai eu droit durant trois mois... De quoi passer deux années enfermée chez moi ou avec les gens de la condition qui devenait mienne là-bas. Là-bas je pouvais si je le voulais être blanche... Là-bas tout est possible quand on vient de France. Le problème c’est qu’en France en tant qu’immigrée tout m’a appris que blanche je ne l’étais pas. Issue de la population méprisée et pauvre, rejetée et refoulée en permanence, sans nationalité précise, j’ai du développer un sixieme sens ou une sorte de méfiance, ou un don d’observation aiguisée, je ne sais pas au juste. Toute fois, moi qui en France habitait une petite maison sans prétention ... moi qui suis née dans un gourbi d’indigènes en Algérie sur de la terre patinée à force d’avoir été battue, moi qui ait vécu mon enfance dans une cité provençale à peine salubre, je me suis retrouvée en Martinique dans une somptueuse maison avec domestiques et tout et tout... J’avais là de quoi me poser mille questions. je n’ai pas fait l’économie de ces questions et d’autant moins quand je regardais l’état du parc immobilier réservé aux Martiniquais en Martinique. Et bien sûr j’ai trouvé injuste que moi qui venait d’ailleurs, qui n’avait aucun lien à cette terre j’y vive mille fois mieux que les mères de famille Martiniquaises que je croisais à l’école où allaient mes enfants, alors qu’en France, moi que l’on traitait en beurette intégrée par le "cul" ou par le mariage en fonction des lieux, je vivais à peu près comme tout le monde. J’ai voulu creuser, comprendre pourquoi moi et pas elles. j’ai creusé, et j’ai eu honte, et j’ai tout fait durant deux ans pour ne plus avoir honte.
J’ai déménagé pour moins somptueux, mais ô surprise, dans la résidence dans laquelle je me réinstallais en Martinique, il y avait une métro avec qui nous avions des connaissances communes dans la mesure où elle avait vécu elle aussi quelques temps de sa jeunesse dans la ville provençale de mon enfance... A l’énumération de nos connaissances communes (certains de mes copains de la cité avec qui elle partageait des goût pour toutes sortes de drogues et qui eux pour la plupart sont morts du SIDA) et à l’énumération des différents lieux de son existence il me fut facile de me rendre compte de sa petite condition quand elle vivait en France. Elle n’était pas allée longtemps à l’école, avait fait plusieurs tentatives d’apprentissage de petits métiers, mais en Martinique elle était de grande condition... Très belle demeure avec piscine et domestiques, un mari travaillant avec les maires de différentes communes lui permettant ainsi d’obtenir des marchés (elle était devenue maquéttiste) que les maquettistes Martiniquais ne pouvaient obtenir... J’ai eu à cette époque un ami Martiniquais maquettiste aussi, mais qui lui réapprovisionnait les rayons de coca-cola à Cora... Tout ça pour dire qu’elle était comme moi, en France nous n’étions rien pour ainsi dire et en Martinique nous étions deux dames de haute condition. J’ai mille et un souvenirs, mille et une histoires vécues qui vont dans le sens du texte de Raphaël Confiant, je les ai racontés, écrits en 1998, mais aucune maison d’édition n’a voulu les entendre... Je décrivais la complexité de la situation de dominante dans laquelle je me trouvais projetée en arrivant en Martinique alors que tout m’avait formatée, en France, par ma couleur de peau, ma condition d’immigrée Algérienne à n’être qu’une dominée.
La Martinique m’a appris qui avaient été mes parents, comment on les avait traités en tant que colonisés quand je regardais les gens de Coridon ou ceux de Gondeau. Un choix s’est imposé à moi : perpétuer ou ne pas perpétuer de manière douce ce qu’avaient subi mes parents. Le plus facile aurait été sans doute que je fasse comme la majorité des métro, c’est à dire ne pas me poser les bonnes questions parce qu’il est dur d’entendre ou de regarder en face comment on construit notre confort, de manière plus ou moins consciente sur la douleur del’autre. Et parfois quand on se rend compte qu’on peut participer à sa misérable condition, pour s’en défendre on lui trouve mille tares... Hors de question pour moi de participer à la perpétuation de la colonisation... J’ai eu, comme tout un, chacun la chance de choisir mon coté de la domination...
Parce que je me suis posé la question "pourquoi moi et pas elles" je suis partie riche de cette Martinique si bien qu’en me retrouvant à Papeete quelques huit ans plus tard, je n’ai pas perdu de temps, juste celui de passer d’une maison de milliardaire à une case sans prétention. J’ai milité tout de suite avec les mères de familles Tahitiennes, dont le doux écrasement par les poopa (métro de là_bas)est une indignité supplémentaire pour tous les indigènes des "DOM TOM"...

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