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05.03.2007

Les esclaves du caoutchouc

Vous avez peut-être vu l'émission 7 à 8 avec ce reportage sur les esclaves de Firestone ?

Le mot esclave n'est peut-être pas approprié car ces libériens travaillent pour un salaire. Mais quel salaire ? et dans quelles conditions ?

Ils sont environ 14 000 à travailler dans la plus grande plantation d’hévéas du monde, dans des conditions dignes du XIXe siècle.
Les journées des « saigneurs d’hévéa », comme on les appelle, se ressemblent toutes : levés à quatre heures du matin, ils badigeonnent les arbres de pesticides. Puis ils entaillent l’écorce laissant s’écouler goutte à goutte la sève, le latex. La plupart ne portent pas de protection : ni bottes en caoutchouc, ni masque. Un saigneur (à ne pas confondre avec un seigneur ! en anglais, on les appelle des tapeurs) doit s’occuper de 800 arbres par jour. il doit récolter 230 kg de latex.

Un quota qu’il doit absolument respecter sinon sa paie, 3$ par jour (un peu plus de 2 euros) est diminuée. Pour y arriver, celui-ci doit forcément faire appel à sa femme et à ses enfants », la famille vit dans une seule pièce. Il n’existe qu’un seul point d’eau et huit latrines pour 700 personnes. Il peut également faire appel à un autre ouvrier (non déclaré) qu’il paiera lui-même. Vous pouvez comprendre combien celui-ci gagnera pour sa journée !

Des conditions de vie qui, depuis la création de la plantation en 1926, n’ont pratiquement pas changé. À l’époque, l’industrie automobile américaine commence son essor. Les besoins en caoutchouc augmentent en flèche. Firestone trouve alors le lieu idéal pour s’implanter en Afrique : un climat humide, adapté aux hévéas. Une main-d’oeuvre très bon marché. Et surtout un petit pays indépendant, prêt à fermer les yeux en échange de la protection américaine contre les puissances colonisatrices européennes. Très vite, Firestone s’illustre par ses pratiques. En 1930, sur les 10 000 travailleurs de la plantation, 8 500 étaient des paysans qu’on forçait à travailler pour la compagnie. Une situation qui a perduré jusque dans les années 1960. Aujourd’hui, le chômage qui touche 80 % des Libériens poussent de plus en plus de personnes à venir taper à la porte de Firestone. Mais ce n’est pas tout. « Pour que le caoutchouc ne se solidifie pas, la compagnie utilise chaque jour énormément d’ammoniac et d’acide. Or, à la fin de la journée, les travailleurs sont tenus de nettoyer leurs équipements seaux, réservoirs, camions dans la rivière qui traverse la plantation », s’alarme l’ONG libérienne Samfu, Save My Future Foundation (sauver les fondations du futur, en anglais), dans un rapport publié en novembre. Samfu a calculé que 3 000 litres environ d’ammoniac étaient déversés ainsi chaque année dans le cours d’eau. Sans compter les quantités jetées par l’usine de traitement. Or les villageois pêchent à l’endroit même où les déchets chimiques sont répandus dans la rivière : les poissons, contaminés et amorphes, y sont plus faciles à attraper... Résultat : cécités et maladies de peau se multiplient.La cause des forçats de Firestone commence à être connue. Une plainte pour « travail forcé » a été déposée aux États-Unis, en novembre, grâce à la persévérance d’une coalition d’ONG, dont International Labor Rights Fund ou le fonds international pour les droits des travailleurs, une organisation indépendante financée par des fondations américaines. Douze saigneurs de Harbel et leurs vingt-trois enfants se sont ainsi regroupés dans une « class action ». « Si Firestone perd, l’entreprise devra augmenter les salaires et faire en sorte que le travail des enfants cesse », explique Natacha Thys, avocate de l’ONG. En avril, la firme a pourtant emporté une victoire : ses avocats ont obtenu le transfert du dossier en Indiana, l’État d’où est originaire Firestone, où l’opinion publique risque d’être plus indulgente. Au Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, la nouvelle présidente élue en janvier, a promis qu’elle ferait son possible pour améliorer les conditions de vie des travailleurs, sans exiger la fermeture de la plantation. Firestone est probablement le plus grand payeur de taxes du pays. Selon Samfu, la taxe foncière perçue par le gouvernement serait officiellement de 60 000 $ annuels, soit 47 600 euros. C’est peu si l’on considère la superficie de la plantation. Mais personne ne connaît le montant total exact des sommes encaissées par l’État libérien. Aucune des deux parties ne désirant rendre publics ces chiffres. Firestone-Bridgestone se porte bien. En 2005, son bénéfice net a augmenté de 58 % pour atteindre un record de 1,2 milliard d’euros.

Michelin, pour sa part, possède six plantations dans le monde, au Brésil et au Nigeria, soit 21 000 ha d’hévéas. Mais l’industriel français assure, dans son rapport de 2003 « Conduire la culture d’hévéa vers un développement durable », respecter les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) et porter une grande attention au problème du travail des enfants. En 2003, la marque au Bibendum a développé le projet « Ouro verde » (or vert), dans sa plantation de Bahia au Brésil. Peu rentable, celle-ci aurait dû fermer. L’entreprise a proposé à ses salariés d’acquérir des parcelles tout en bénéficiant de sa garantie financière et de son aide matérielle. Le projet devrait créer 330 emplois en douze ans. Une façon intelligente de faire revivre une plantation, rachetée en 1986, à Firestone... Le reporter de 7 à 8 indiquait, lui, que les sociétés françaises au Libéria traitaient encore moins bien leurs employés. Ceux-ci seraient encore moins bien payés et moins bien logés que les employés de Firestone !!!

Commentaires

bonjour
as-tu été en Thaïlande ? Je pars le 22 mars pour un circuit. Ne t'inquiètes pas, je suis soujours aimable avec l'accompagnatrice, surtout si elle est charmante !!!!!

Écrit par : Daniel | 05.03.2007

Non pas la Thaïlande mais ce sera un prochain voyage, peut être l'année prochaine. Cette année, au programme La Tunisie et les Maldives. les accompagnatrices sont toujours charmante !

Écrit par : merise | 05.03.2007

Merise,

J'ai aussi regardé le reportage et j'ai trouvé ça carrément scandaleux. Les seuls qui se "graissent" dans l'histoire ce sont les Golden Boys qui font du business avec la sueur des autres à des milliers de kilomètres de là (sur les places boursières de Shangai...).

Sur quelle planète vit-on franchement ?

Écrit par : Jérôme BERNARD | 06.03.2007

Les commentaires sont fermés.