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23.03.2006

légende aveyronnaise

Ce soir là, un dimanche, jour de fête à la Loubière, une bande de jeunes conscrits d'Agen était allée au bal en ce village. Ils avaient soupé copieusement à l'auberge, bu du vin rouge pour arroser le festin, et du blanc pour avaler la fouace. Ils avaient dansé, tard dans la nuit, bourrées, branlous, polkas et mazurkas avec quelques jeunes filles de l'endroit. Après avoir fait leurs adieux à leurs galantes cavalières, nos agentols, plus ou moins éméchés, s'en retournèrent donc en chantant pour se donner du courage. La nuit était noire, le chemin de plus en plus difficile. La hardiesse verbale de leur bavardage diminuait à mesure qu'ils approchaient du gué de Bouyssou. C'était le moment de se serrer les coudes et de se tenir sur ses gardes.
"Z-z-z-z-ou-ou-ou !..." Qu'est-ce que c'est?... La "chèvre blanche de Pré-Jaloux" ?... murmurèrent certains, d'une voix étranglée par la peur. Ce n'était que le souffle d'un orage qui se préparait. Le tonnerre grondait. Les éclairs zébraient les ténèbres. La pluie commençait à tomber à grosses gouttes. Impossible d'avancer. Mais où donc s'abriter? Les grands genêts au bord du chemin s'inclinaient comme des parapluies. Ils s'y réfugièrent. Blancs de peur, transis de froid, trempés jusqu'aux os, ils attendirent, peut-être plus d'une heure, la fin de ce déluge. Les trombes d'eau s'amenuisèrent. Ils reprirent leur cheminement dans l'obscurité.
Il était une fois, il y a bien longtemps, près du moulin de Bouyssou, là où le ruisseau d'Agen se jette dans l'Aveyron, une espèce de chose ou d'être fantastique, de fantôme, de revenant, d'apparition bizarre, qui effrayait, certains soirs, la population agentole. C'est mon arrière grand-mère qui m'a raconté cette légende. Elle la tenait, elle, de son arrière... arrière... Les soirs d'hiver, les piètons attardés n'osaient pas s'aventurer dans ces parages. Il n'y avait pas encore de pont pour franchir le ruisseau. On le traversait à gué, en sautant sur trois ou quatre grosses pierres espacées d'un grand pas d'homme. La vallée de l'Aveyron, resserrée à cet endroit comme une gorge, offrait un aspect peu engageant. Le chemin de Bouyssou à la Loubière n'était qu'un affreux boyau ou sentier, caillouteux ou boueux, plein de bosses et de trous, praticable seulement pour les piétons et les bêtes de somme.
(Adaptation d'un Conte du Drac," Lo caval de la Calquièira" de Jean Boudou (1920-1975), écrivain et conteur occitan rouergat, de grande renommée.)
"Vvvou-ou-ou-ou!..." Qu'est-ce que c'est?... L'Aveyron en crue débordait déjà sur les rives du Pré-Jaloux! Et le ruisseau? Il roulait des flots furieux qui dépassaient en hauteur, et de combien, les pierres du gué! Impossible de traverser! Revenir à la Loubière? On risquait de se faire encercler par les eaux! Le désespoir les gagnait, les submergeait...
Soudain, une forme étrange, comme une écharpe de brume plus claire, se mit à flotter vaguement devant leurs yeux apeurés. Ca allait et venait doucement, d'un bord à l'autre du chemin, ça se rapprochait, ça s'éloignait, ça revenait... Qu'est-ce que c'est?... La "chèvre blanche" pour sûr?... Mais non, c'était plus gros... Alors, la "vache blanche"?... Non, c'était bien plus agile... La "jument blanche" peut-être?... Et pourquoi pas?... Ca folâtrait, ça tourbillonnait, ça cavalait, et même ça se rapprochait. On distinguait maintenant quatre pattes souples, une encolure superbe et grâcieuse, une magnifique queue en panache, une belle tête, expressive, intelligente!... A n'en pas douter, c'était bien la "jument blanche"!
Le plus courageux, ou le moins peureux, de la bande s'approcha... La bête se laissa gentiment caresser les naseaux, puis les oreilles, puis la crinière! "Hi-hi-hi-hi!..." un hennissement de plaisir semblait dire en réponse : "Bonjour, mes amis; me voici à votre service!..." "Quelle chance nous avons! dit le plus astucieux. Si nous pouvions monter tous en croupe sur cette charmante bête, elle nous transporterait sûrement de l'autre côté!" Aussitôt dit, aussitôt fait! Le plus grand, agrippé à la crinière, se hisse sur la providentielle monture, qui se laisse enfourcher sans broncher. Puis le second, puis un troisième, puis un quatrième, puis un cinquième, et les autres à la suite! Oh! miracle! Chaque fois qu'un jeune montait, l'échine de l'animal s'allongeait... comme la saucisse fraîche au trou de l'entonnoir! Ne restait plus par terre que le plus petit, le plus timoré... "Alors, tu montes? Dépêche-toi!" lui lance le premier. "Attendez un peu, réplique le dernier, resté sur le chemin. Mes parents m'ont toujours recommandé de me signer avant de traverser un gué par temps d'orage!" Ce qu'il fit aussitôt...
Mais alors, mes amis, un vacarme effrayant éclata, un grondement horrible, un hurlement de rage et de fureur, bien plus fort que le fracas du tonnerre, et qui ébranla les collines, les arbres, les rochers et retentit longuement en échos dans toute la vallée! D'un seul coup, la trop belle monture se dissipa, comme par enchantement. Pfuiitt! Elle retourna à sa forme primitive de brume blanchâtre et en un clin d'oeil, disparut!... Et tous nos jeunes gens, sauf le petit dernier, se retrouvèrent, le cul par terre, sur les cailloux et dans les flaques du cheminEt, pendant qu'ils frictionnaient leur postérieur endolori, résonnait tout là-haut dans les nuages un ricannement diabolique, une clameur affreuse, une voix tonitruante qui criait :
" Sans un signe de croix, j'en noyais vingt-trois!"
Qui donc criait ainsi, vous vous en doutez, peut-être... C'était bien le Diable, le Drac ou Dracula, le Fantasti, le Gripet, le Rapatou, Satan, Chitan ou Belzébut; appelez-le comme vous voudrez. Mais n'allez surtout pas vous promener tout seul, surtout les nuits d'orage, sur le chemin de Pré-Jaloux. Vous risqueriez d'y devenir fou... et d'être enfermés à Cayssiols.

Commentaires

he béééé, je croyais que tu avais disparue

Écrit par : pierrot le zygo | 23.03.2006

Non, non...avais quelque chose à faire hier!! A ce soir!!!

Écrit par : merise | 23.03.2006

merise j'espère que l'on gardera le contact, quand tu monteras ou déscendra, je crois que tu passes par lodève, alors arrete toi boire un café avec ma petite famille

Écrit par : pierrot le zygo | 23.03.2006

pas de problème Pierrot, tu as mon mail, j'arriverai à consulter de temps à autres ceux-ci. Bises et à bientôt

Écrit par : merise | 24.03.2006

Les commentaires sont fermés.