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19.03.2006

Ca rejoint ma note sur l'éthanol. News AFP

Une pénurie d'essence aux Etats-Unis et des prix à la pompe remontant à leurs sommets atteints après l'ouragan Katrina: tel est le scénario de plus en plus envisagé par les analystes qui mettent en cause de nouvelles normes environnementales et le manque de capacités de raffinage.

"Cet été, l'essence a des chances de repasser la barre des 3 dollars le gallon", assure Mike Fitzpatrick, analyste de la maison de courtage Fimat.

Le prix moyen de l'essence sans plomb aux Etats-Unis avait dépassé pour la première fois les 3 dollars le gallon (3,78 L) le 5 septembre 2005, à la suite des dommages causés par le cyclone Katrina sur les installations pétrolières du golfe du Mexique.

Cette fois, les raisons avancées pour une nouvelle hausse des cours sont tout autres: l'entrée en vigueur de nouvelles normes environnementales sur la composition de l'essence.

Plusieurs Etats américains ont commencé ces dernières années à interdire l'usage de l'éther de méthyle et de butyle tertiaire (MTBE) comme additif de l'essence. Ce composant chimique évite au moteur de produire des détonations lors de la combustion.

Il lui était toutefois reproché de créer des risques pour la santé publique, via son infiltration dans les nappes phréatiques. Or, dans une loi de 2005, le Congrès a accrû la responsabilité des compagnies pétrolières en cas de contamination des sols par le MTBE.

Dès lors, ces dernières ont décidé de remplacer ce composant par de l'éthanol avant que ne commence la saison des grands déplacements de l'été 2006.

A priori anodin, ce changement pourrait avoir des conséquences importantes sur l'offre en essence et les prix à la pompe.

Ainsi, le département de l'Energie (DoE) a averti cette semaine des risques de pénurie et de hausse des prix, car selon lui, la transition entre le MTBE et l'ethanol pourrait entraîner "des déséquilibres locaux entre l'offre et la demande et une poussée des prix".

Car l'arrivée d'une essence mélangée à de l'éthanol est un véritable défi pour les pétroliers américains, posant des problèmes inédits au niveau de la production, de la distribution et du stockage.

"La principale question est: aurons nous assez d'éthanol?", estime James Williams, analyste chez WTRG Economics.

Selon le DoE, les capacités de production d'éthanol aux Etats-Unis fonctionnent déjà à plein régime. Un peu moins de 300.000 barils sont produits chaque jour, alors qu'il en faudra quelque 130.000 de plus pour se conformer à la nouvelle règle.

Ces risques de pénurie s'inscrivent par ailleurs dans un contexte où la demande d'essence est forte et où toutes les raffineries n'ont pas encore récupéré des dommages causés par les ouragans Katrina et Rita.

Selon l'Institut américain du pétrole (API), trois raffineries sont toujours partiellement ou complètement fermées six mois après le passage des ouragans.

"Ces raffineries représentent environ 5% des capacités de raffinage" du pays, estime l'API. "A l'exception de la période suivant immédiatement les ouragans, la production des raffineries est à son plus bas mensuel depuis février 2003."

Parallèlement, la demande d'essence est supérieure à sa moyenne des cinq dernières années "et pourrait atteindre de nouveaux records à la fin mai", quand la saison des grands déplacements aura commencé, souligne M. Fitzpatrick.

Les courtiers ont commencé à anticiper ces risques pesant sur l'approvisionnement en essence. Les cours ont ainsi pris près de 13% en une semaine et se sont établis à leur plus haut depuis octobre.

Si les prix à la pompe restent encore loin des 3 dollars le gallon (ils valaient 2,39 dollars jeudi), ils sont quand même actuellement supérieurs de 17% à leur niveau d'il y a un an.

Contrairement à nombre d'analystes, James Williams ne croit toutefois pas à des prix dépassant 3 dollars car "au regard du niveau des réserves d'essence, la situation est actuellement excellente".

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