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11.12.2005

j'ai été assistante d'un SENATEUR VEREUX

Dans les années 80, grâce à un intermédiaire, je suis entrée comme assistante parlementaire auprès du sénateur du département où je résidais. Tout d'abord, il m'a embauchée pour un contrat de 6 mois par l'intermédiaire de sa société d'éditions, en tant que secrétaire. Cette société d'éditions avait comme siège social une boîte aux lettres "bidon" dans un petit village de ce département. Cette société n'a édité qu'un livre, le policier insipide qu'avait écrit le fils du sénateur, fils un peu holé-holé, qui parfois vendait des frites dans une baraque au bord de la route. Après ces 6 mois en tant que secrétaire, tout allait bien puisque le sénateur décida de me prendre en tant qu'assistante parlementaire. Il fit des pieds et des mains auprès du président du Sénat car je n'avais pas le niveau requis pour ce poste. Il lui écrivit une lettre lui indiquant, entre autres, qu'il avait enfin trouvé l'oiseau rare! Je commençai mon travail. Le sénateur m'informa, les premiers jours, que je remplaçais son ancienne assistante qui avait accompli un fait délictueux, il avait du s'en séparer. Le concubin de cette personne avait été "pistonné" par le sénateur pour travailler dans un supermarché du coin, en tant que vendeur au rayon appareils photos. Celui-ci se servait, allégrement, dans les stocks. L'assistante, elle, était la receleuse et cachait les objets volés chez le sénateur. Immunité parlementaire oblige, il y eu enquête de police mais non perquisition. Enfin, le sénateur fut plus ou moins obligé de se séparer de sa fidèle assistante. Ayant travaillé plusieurs années pour lui, elle bénéficia d'une coquette somme d'indemnité de licenciement. Le sénateur absent 3 jours dans la semaine (il était à Paris) j'avais la charge de le remplacer à son bureau du département concerné. Quel travail? répondre aux demandes de pistons de toutes sortes : avoir son permis de construire, avoir une bonne mutation, être embauché dans une société, etc.. Je recevais les appels téléphoniques et parfois, recevait les personnes se déplacant au bureau. J'écrivais aux ministres pour appuyer tellle ou telle demande, aux PDG des sociétés pour appuyer la candidature d'un tel ou une telle. Je tapais à la machine ces lettres et mettais de ma main, cher ami à un ministre et cordialement à la fin. Tout cela en falsifiant quelque peu mon écriture un peu trop féminine. J'écrivais, également, des petits mots à des personnes reçevant la médaille du travail en modifiant aussi mon écriture. Combien de personnes doivent avoir, précieusement, chez elles ces cartes de visites qui ne sont pas écrites de la main du sénateur! Je cherchais dans le livre des citations une citation qui allait "coller" au discours du sénateur dans une future assemblée. Je lisais les journaux du coin afin d'informer le sénateur du décès d'un tel, de l'accident d'un autre, etc...J'avais peu de travail, faisais du canevas et lisais. Les heures étaient longues quand le sénateur n'était pas là. Quand il rentrait, il me faisait taper à la machine des lettres en tête d'une société et la réponse en tête d'une autre société! Je n'ai jamais posé de questions. Je n'avais pas intérêt à être virée! Mon salaire, dans les années 80 (je le souligne), était d'un montant mensuel de 7500 Frs, augmentation tous les 4 mois et 13 et 14ème mois. J'étais payée par l'AGAS : Association pour la Gestion des Assistants de Sénateurs. Mon contrat était indéterminée jusqu'au décès du sénateur ou de son non renouvellement (mandat de 7 ans) Le sénateur avait une maîtresse ayant un salaire de 10 000 francs par mois (salaire reglé par un organisme de l'Etat).C'était un emploi ficitif! Elle résidait dans un hôtel particulier à Paris. Un jour, le sénateur m'informe que mon travail ne le satisfaisant pas, il me licenciait. Ceci après 18 mois sans problème! Intriguée, je l'ai intérrogé, lui demandant les raisons. il me répondit que l'AGAS exigeait une licence de droit pour les assistants parlementaires et qu'il devait se résoudre à me licencier. Je lui ai demandé si je devais expliquer le travail à ma remplaçante. Réponse : pas la peine! j'ai compris. Il reprenait son ancienne assistante! Effectivement, c'était cela. Cette personne aura touché une grosse prime de licenciement (payée par l'état) aura volé et se retrouva à nouveau assistante de sénateur. Moi, je fus jetée comme une moins que rien! Tout cela devait être prévu depuis longtemps! J'avais un peu trop rêvé. Un sénateur a droit à 2 assistantes (celle de Paris et celle du département) la dernière n'a pas énormément de travail. Toutes deux sont très bien payées. Imaginez combien elles doivent percevoir maintenant! Et ils en réclamaient, un moment donné, une troisième! Où vont nos impôts? entre autres! "Mon" sénateur est passé au tribunal quelques années plus tard, accusé d'abus de biens sociaux, il a été amnistié car les faits se sont passés avant une date précise. De tout le temps que j'ai été avec lui, je n'ai vu que magouilles et compagnies. Ses indemnités parlementaires non imposables, il payait moins d'impôts que moi, voyageait en train gratuitement et avait de très bons prix sur l'aérien. Enfin, il est décedé maintenant, paix à son âme!!! et depuis je ne vote plus, dégoûtée de la politique!

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